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Aujourd'hui : 19/05/2012
il est : 03:29:05

Bonjour, vous êtes bien matinal!
La citation du jour :
On ne peut pas dire la vérité à la télé : il y a trop de monde qui regarde. (Coluche)






Introduction

     Nous sommes au début de l'année 1995 :
     - 3,3 millions de chômeurs officiellement recensés ;
     - 800 000 contrats emploi-solidarité, dont seulement 5 % auront une solution d'avenir satisfaisante en fin de contrat ;
     - autant de R.M.Istes administrativement dénombrés, ...
     - et combien d'emplois précaires, insalubres, sous-payés ?

     Ces quelques chiffres que rapportent les médias ont de quoi angoisser toute une communauté rassemblée autour des valeurs républicaines. Pourtant, la réalité est là et nous savons que le compte n'est pas bon. Ces chiffres sont largement sous-estimés ; leur maquillage par les Pouvoirs publics rend difficile la mesure de la véritable situation. Curieux comportement de l'Etat qui consiste à casser le thermomètre pour ne pas voir monter la fièvre !

     Au pire moment de la grande crise de 1929 - celle qui nous sert le plus souvent de référence - la France ne comptait que 470 000 demandeurs d'emploi. Aujourd'hui, elle a le taux de chômage le plus élevé des grands pays occidentaux. Quelle est donc cette espèce de crise qui fracture notre société ? La société duale qui s'installe malgré nos institutions pourtant égalitaires relance-t-elle encore une fois le débat de la "mystique républicaine" ?Ou alors, les institutions de la République sont-elles une nouvelle fois corrompues par la muflerie des bouffons qui sont parvenus aux plus hautes fonctions de l'Etat par la couardise et le mensonge ? Une République qui proclame le principe d'égalité ne peut tolérer une société duale et encore moins la construire ou alors, faut-il encore l'appeler République ?

     Depuis 1970, l'explication de la montée du chômage a été strictement économique ; la crise du pétrole, puis la crise du dollar ont constitué les clés de voûte des commentaires explicatifs. Le mal vient d'ailleurs, voilà une explication simple qui a, en plus, la vertu d'être rassurante : c'est la faute des pétroliers et des Américains si nous sommes dans le marasme.

     "La crise est comme l'épidémie, elle nous vient du dehors", expliquait en 1979 le Président de la République Valéry Giscard d'Estaing. Vingt cinq ans après, un maître mot traduit le phénomène : la crise. Voilà donc un quart de siècle que le discours n'a pas changé : le chômage de masse est un dysfonctionnement temporaire de l'économie, il ne trouvera sa solution que par des réajustements économiques.


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     Pourtant, le Président Pompidou, dès le début des années 1970, avait présenté la question du plein-emploi comme le défi du futur. Des hommes politiques ont donc été, à un moment donné, conscients de l'enjeu. Depuis, les choses semblent bien avoir changé, et une première question mérite d'être posée : où est passé le sens de l'Etat ?

     L'explication du chômage comme simple dysfonctionnement économique est un camouflage, en même temps qu'un camouflet pour les personnes privées d'emploi et plongées dans la pauvreté, parfois dans la misère. Entendre pendant vingt cinq ans les mêmes sornettes des professionnels de la politique finit par lasser. Les certitudes des commentateurs chargés de produire l'information-spectacle tournent au ridicule.

     "Si, dans la multitude des mythes contemporains, il fallait décerner la récompense suprême, la médaille d'or, le maillot jaune, ce sont bien les idées sur l'emploi qu'il faudrait couronner.
     Dans tout le monde capitaliste, du cap Nord à Gibraltar, de Melbourne à Vancouver, les efforts consciencieux, déployés pour réduire le nombre des exclus, ne parviennent qu'à l'augmenter. Une telle persistance dans l'échec, une telle uniformité des résultats donnent à entendre qu'au-dessus des divergences, voire des oppositions de doctrine, une douce mythologie commune règne sur les esprits."
écrivait déjà Alfred SAUVY.

     Le chômage ne peut pas s'installer dans les esprits à la manière d'une drôle de légende, et pourtant le risque de banalisation existe. Il est peut-être temps d'examiner la question du chômage de masse sous un autre angle et avec sérieux. Il est urgent de revenir aux valeurs fondatrices de la République. Une problématique directement inspirée des Droits de l'Homme relance le débat de la finalité de l'activité humaine. Le chômage ne marque-t-il pas la fin d'une époque, celle du salariat, et peut-être aussi la fin d'un système, le capitalisme ?

     Le mode de production capitaliste distribue des revenus essentiellement par le biais de l'entreprise : en échange d'un travail subordonné à l'autorité de l'employeur propriétaire des moyens de production, le prolétaire reçoit un salaire. C'est ce lien emploi-revenu qui pose aujourd'hui question du fait même de la disparition de l'emploi salarié.


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     Depuis la dernière guerre, l'Etat a régulé le système en créant tout un mécanisme assuranciel de revenus de transfert. La solidarité, sous forme de redistribution de certains revenus, prenait le relais des défections du système sous l'autorité de l'Etat-providence. Tant qu'il y avait du travail salarié pour tout le monde, les revenus à transférer par l'Etat-providence sont restés relativement modestes, et les cotisations faciles à lever. Seulement, depuis que le chômage contemporain s'est installé, les revenus primaires se sont amoindris et l'Etat-providence n'a plus ni les moyens ni la volonté d'assurer convenablement la solidarité, au nom du sacro-saint respect des grands équilibres. Le système assuranciel qui fondait l'Etat-providence se trouve désuet, inadapté, incapable de faire face à l'accroissement de la pauvreté.

     Alors, est-il devenu concevable que chaque être humain perçoive un revenu du fait même de son existence ? Le débat sur l'attribution de l'allocation universelle (encore appelée revenu d'existence) est-il toujours aussi utopique ? En même temps que l'entreprise se situera comme le lieu essentiel de la sociabilité, le salaire ne sera plus nécessairement la principale source de revenu. Demain, il sera possible d'occuper un emploi sans nécessairement percevoir une rémunération totalement versée par l'entreprise, ou d'exercer une activité en percevant un revenu assuré par des tiers autres que l'employeur. N'est-il pas temps de repenser totalement l'organisation des activités humaines ?

     Cette distanciation des revenus, par rapport au salaire, recentre les valeurs attachées à la place de l'Homme dans la société. L'homo aeconomicus, reconnu uniquement pour sa valeur-travail par le système capitaliste, se libère en cherchant à tirer un meilleur parti des progrès technologiques actuels et en exprimant mieux les différents aspects de sa créativité. Le débat est ouvert sur l'organisation de nouvelles formes de distribution des richesses. La validité du système capitaliste lui-même n'est-elle pas contestable lorsque sa finalité dévie vers la spéculation qui pervertit l'ensemble des décideurs politico-économiques qui plongent à leur tour vers la corruption généralisée ?

     "L'homme n'est pas fait pour connaître la vérité et l'anathème est prononcé contre celui qui la découvre", annonçait Fontenelle. Relève-t-il de la malédiction d'affirmer haut et fort la thèse qui sera défendue dans les pages qui suivent, à savoir que :

LE CHOMAGE DE MASSE EST UN PHENOMENE VOULU, ENTRETENU ET DURABLE D'EXCLUSION SOCIALE.


     L'explosion du chômage n'est pas seulement le fruit d'une mauvaise passe économique : c'est une tendance lourde de notre société libérale. Le masque de cette organisation sociale tombe : le libéralisme économique est anticonstitutionnel. Faute de vouloir l'admettre, toutes les politiques de relance de l'emploi sont condamnées à l'impuissance. Il faut bien se rendre à l'évidence, la persistance dans l'échec de toutes les mesures prises pour relancer l'embauche invite à réorienter de fond en comble l'allocation des ressources, en particulier l'offre de travail. La distribution actuelle des emplois salariés dont dérive la répartition des revenus du travail, donc les conditions d'existence mêmes de l'être humain, ressemble fort à celle que décrivait Malthus dans la première édition de son fameux " Essai sur le principe de population " , que l'on pourrait résumer ainsi :


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     "Quand de nouveaux venus arrivent, sans nourriture, Dame Nature ne peut leur faire de place à son banquet, sous peine de condamner l'ensemble des convives déjà installés à manquer du nécessaire. La survie des uns impose l'exclusion des autres. "

     C'est bien parce que les décideurs politico-économiques n'ont pas retenu les leçons de l'Histoire que la société qu'ils nous ont imposée produit, à travers le monde, 100 chômeurs supplémentaires toutes les minutes. En refusant, en toute connaissance de cause, de respecter les Conventions internationales qui proclament les Droits de l'Homme, les responsables des Etats choisissent des politiques d'exclusion sociale pour satisfaire leurs intérêts personnels et immédiats, pour assouvir leur appétit de pouvoir en déphasage total avec les besoins réels de la communauté universelle.

     La seule activité humaine qui vaille est celle qui trouve " vie ", qui s'organise autour des Droits de l'Homme, celle qui assure l'épanouissement et la dignité de tout individu. Il est très urgent de réveiller en chacun d'entre nous le citoyen qui sommeille et de rentrer en résistance.Le chômage actuel provient de décisions politiques, et la prétendue lutte contre l'exclusion se limite à l'illusion de la création d'emplois précaires (C.E.S., intérim, emploi-jeunes ou contrats-jeunes, …) qui entraîne le pays vers le paupérisme, d'une part, et le renforcement policier, d'autre part, puisque les manifestations visibles de la pauvreté sont à nouveau qualifiées de délit. En effet, il revient aux fonctionnaires, aux travailleurs sociaux, et de manière plus perverse, au système bancaire - dont les Pouvoirs publics ont renforcé le jugement discrétionnaire - d'arbitrer le devenir de chacun des chômeurs, voire de chaque citoyen.

     En France, le chômage est reconnu anticonstitutionnel depuis 1946. Notre actuelle Constitution met hors-la-loi un système politico-économique qui multiplie ainsi le nombre des chômeurs. Le droit positif français reconnaît un emploi à chacun. Notre organisation sociale ne respecte plus ce droit fondamental. La Constitution de la Vème République exige une harmonisation des activités humaines, alors que tout discours prône l'intégration et toute décision gouvernementale force à l'insertion dans un système dont la nature même est d'exclure. Ainsi, nous sommes entrés dans un système politique totalement fictif dans lequel le mythe de l'insertion donne bonne conscience à l'actuelle classe politique, incapable de faire face à ses missions républicaines en refusant les moyens budgétaires nécessaires à cette insertion.La classe politique se montre inapte inapte à assurer la principale sécurité du citoyen et de sa famille, celle qui conditionne toutes les autres sécurités, cette sécurité que l'on échange en donnant son travail à la société. Il lui est plus facile de recruter un policier ou un gardien de prison plutôt qu'un formateur spécialisé.

     Orienté sur la seule recherche du profit immédiat, le système économique capitaliste s'intéresse peu à l'utilité sociale de ses productions. Il persiste en créant des emplois artificiels, tous ces emplois qui consistent à vendre ce qui n'a pas d'utilité sociale prioritaire, mais qui, malgré tout, procure de substantiels profits tout en assurant des revenus dont la légitimité paraît douteuse, aux titulaires de ces emplois factices.


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     "Ajouter un emploi artificiel, c'est à peu près comme si un arboriculteur essayait de coller des feuilles ou des branches à son arbre étique. C'est la vie de l'arbre qui " crée " des feuilles et des branches ".

     Il est très urgent de réveiller en chacun d'entre nous le citoyen qui sommeille et de rentrer en résistance.

     "Quand le Gouvernement viole les libertés et les droits garantis par la Constitution, la résistance sous toutes ses formes est le plus sacré des droits et le plus impérieux des devoirs. "lisait-on dans le projet de Constitution de 1948. Si, finalement, ce texte a été retiré, gardons-en l'esprit.

A suivre ...



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